Dans les coquelicots

(Extrait chapitre 30 – Les effluves d’une vie)

depart-golf

— Juillet 1985, Pourville

Hier matin, j’ai pris le driver sur le départ du trou numéro quinze.

Je ne le fais jamais ici. Trop dangereux, les gros buissons épais à droite, et le dévers à gauche qui avale les balles pour les faire mourir dans les hautes herbes. Les plus épaisses de ce golf.

Je venais de rentrer un putt de huit mètres sur le green du quatorze, j’avais encore le sourire.

Pas seulement pour ça, mais en voyant Cédric qui ne quittait plus mes cuisses bronzées lors de mes réflexions sur les lignes de putting. Baissée, les genoux pliés, cuisses un peu écartées.

J’aime de plus en plus m’amuser et l’inviter à regarder autre chose que ma balle blanche aux alvéoles hexagonales.

Depuis notre rencontre en Bretagne et sa première fois qui l’a bouleversé, je passe beaucoup de temps avec lui sur le golf. Il travaille ici comme caddie toutes les vacances pour se faire un peu d’argent et même si l’idée m’a parue malsaine au début de le payer, il porte mon sac tout l’été. Tous les matins, je peux passer trois ou quatre heures avec lui sur le parcours et quand mon mari n’est pas là, ce qui est souvent le cas, il peut venir à la maison me désirer.

Mon second mariage se termine, cette situation ne peut plus durer.

Abandonnée, sans amour, je fane. J’ai juste son argent… Un bonheur de papier.

Je me sens vieillir, j’ai envie de m’amuser et tromper Paul comme je l’avais fait avec Luc ne me plaît plus.

Ma rencontre avec Cédric, le plaisir pris en Bretagne m’ont perturbée et je veux vivre cette aventure même si notre différence d’âge est abyssale. Je veux recommencer ma vie d’adolescente là où je l’ai arrêtée. Je veux m’amuser et lui faire découvrir tout ce que je sais du plaisir.

Je veux repartir à zéro et faire luire les yeux de Cédric quand il m’appelle Lucie. Ce prénom lui plaît tant, j’ai décidé de l’utiliser avec lui. Oubliées mes autres vies, l’ère Lucie a commencé l’année passée. Avec lui.

Dans le buisson du trou numéro douze où j’avais fait un besoin naturel, j’avais retiré ma culotte pour que Cédric noie ses yeux dans ma toison noire à chaque fois que je me penchais.

Sur le green où je venais de rentrer le grand putt, j’ai vu son regard surpris et souris en me relevant.

J’avais joué comme jamais sur les quatorze premiers trous, j’étais un au-dessus du par, un score digne d’une semi-professionnelle.

Je me suis baissée pour planter mon tee en bois sur le départ et poser ma balle en reculant bien ma jambe à l’horizontale.

Cédric, posté à l’arrière pour bien voir mon premier coup a été ravi de la vue sous ma jupette bleue que le vent chaud faisait ensuite onduler alors que j’alignais mon corps pour frapper ma balle.

J’ai replacé des mèches de cheveux sous ma casquette et me suis préparée à driver.

— Tu vas voir Cédric, je vais la jouer très à droite, je vais passer par-dessus le gros buisson. Je vais gagner trente mètres pour le deuxième coup. Elle va aller en enfer cette balle.

— Ne fais pas ça Lucie, tu vas gâcher ta carte. Même avec un de mes drive les mieux tapé, je n’ai jamais réussi à couper ici.

— Si je réussis, je serais en deux sur le green, je l’ai déjà fait. Enfin, presque.

— Si tu rates, tu vas perdre ta balle. Écoute ton caddie… C’est mon job.

— Regarde-là bien ! Écoute-moi, je suis ta cliente. C’est moi qui tiens le club, ai-je ajouté en riant.

J’ai frappé aussi fort que je le pouvais mais le vent l’a déportée trop à droite. Le bruit des branches a désespéré Cédric dont je n’avais pas suivi les conseils avisés.

…..


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